Vietnam Pen Center 1966. Extraits : Vũ Hoàng Chương ; Minh Đức Hoài Trinh.

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# VIETNAM PEN CENTER

## POEMS AND SHORT STORIES

**K. D. 55 1439 BTT/ /хв ngày 20-3-1966**

### TABLE DES AUTEURS / CONTRIBUTORS

#### POEMS

 * VŨ HOÀNG CHƯƠNG

 * MINH ĐỨC HOÀI TRINH

 * HOÀNG HƯƠNG TRANG

 * TUỆ MAI HUY LỰC

 * PHÓ ĐỨC TRƯỜNG ANH

 * ĐÔNG HÒ XUÂN VIỆT

 * LÊ MINH NGỌC

 * PHẠM VIỆT TUYỀN

#### SHORT STORIES

 * MINH QUÂN

 * VŨ HẠNH

 * LINH BAO

 * VÕ PHIẾN

 * NHẬT TIẾN

 * BÌNH NGUYÊN LỘC

## SECTION I: POEMS

__________________________

### VŨ HOÀNG CHƯƠNG

#### TO-MORROW'S GOD

The era of Robots ejects Man out of his way;

Solitary, errant, Man falls on his knees, hands clasping.

Then, from the lofty, an iron-voice suddenly says:

*Here Robot-God...! What is your wish, darling?*

*(Translated by NGUYỄN-KHANG)*

#### ROYAL CROWN

Brutal Force guffaws, a chain of poniards is cast out,

In the starry firmament, they form a glittering CROWN.

Should one day this Globe be broken and disintegrated,

Is it just so by a radio-active ring that surrounds?

*(Translated by NGUYỄN-KHANG)*

#### MANKIND'S SCIENCES

Under the smart of instruments of torture,

At the shock of electric-crank by tormentors,

Exploding their breasts, the martyrs' screamings

Rend the atmosphere, toward HEAVEN flying.

Ingenuously, a half part of MANKIND would ask:

What sort of a satellite they have again shot at of last?

*(Translated by NGUYỄN-KHANG)*

#### D'HOMME À HOMME

Nous sommes tous des Hommes.

Même attitude altière, même sang rouge, même orgueil de notre domination sur tous les êtres vivants.

Si l'oxygène soudain venait à nous manquer, tous nous nous effondrerions et ce serait la fin, la chute suprême du rideau.

O mes semblables, mes frères, mes soeurs, comment quelque part dans le monde, pouvez-vous oublier absurdement qu'en tant qu'Hommes, nous endurons une même douleur dans notre chair et dans notre esprit?

L'humanité a tant souffert!

Elle a eu faim jusqu'à ce que ses os se dessèchent, soif jusqu'à ce que ses lèvres se crevassent.

Depuis des siècles elle se débat, en butte aux nécessités quotidiennes.

Face à la maladie, au malheur, à la vieillesse, à la mort.

Si l'eau des mers est salée, c'est de sang, de sueur et de larmes.

Vous mes frères, vous mes soeurs

Qui portez sur vos fronts en caractères indélébiles le signe de l'Humain,

Misérable corps de boue,

Tous, vous avez parfois levé les yeux vers les étoiles,

Trainant vos pieds trébuchants dans les Ténèbres de la Longue Nuit (1)

Votre épiderme, sensible jusqu'en ses plus infimes pores, est torturé par la chaleur qui brûle et le vent qui flagelle.

Alors... regardez-nous! Ne sommes nous pas pareils? n'aurez-vous point pitié de ce corps identique au vôtre?

Un cheval souffre. Dans l'écurie tous les chevaux refusent le foin. (2)

Homme, n'as-tu pas compris la leçon de l'animal?

Le marteau s'abat, l'os craque. Le gourdin frappe, le sang gémit.

Votre coeur, votre cerveau n'en perçoivent-ils point la résonance?

Quand une lame déchire votre semblable, votre chair n'est-elle point lacérée par le même couteau?

Le spectacle de l'Humain livré à la Douleur, peut-il vous laisser indifférents?

Mes frères, mes soeurs, vous quittez votre ami ou votre amour et vous êtes tristes.

Votre pays est loin, très loin, derrière une barrière de brume et vous vous sentez envahis d'une immense nostalgie.

Vous retrouvez aux pages de l'Histoire les prouesses de vos aïeux et vous vibrez d'une même ardeur de servir, d'une même soif de sacrifice.

Vous avez du coeur. Le signe sacré dont le Créateur vous a marqué ne s'est point effacé.

Prendriez-vous la souillure pour joyau, la puanteur pour parfum?

L'horrible tache de sang ne pourrait s'effacer de vos mains quand même les essuyeriez-vous jusqu'à l'usure de votre peau.

L'odeur écoeurante s'attacherait à vous. Votre chevelure en serait imprégnée.

Et face à votre miroir, vous vous demanderiez, avec horreur : Est-ce moi... ou bien Satan? (3)

Mes frères, mes soeurs, nous ne sommes point des démons, mais des hommes.

Depuis des siècles et des siècles, nous avons le don de COMPRENDRE.

La douleur a pénétré notre moelle et notre cerveau de la divine et universelle COMPASSION.

L'heure viendra - elle ne peut pas ne pas venir - où l'ombre de BOUDDHA s'étendra sur chaque pierre, veillant sur le sommeil des Soldats Inconnus.

La lumière inondera la Terre. Tous les phares se réveilleront soudain. Et la Flamme éternelle, la Flamme divine guidera la Science à travers la brume épaisse.

Plus de terreur! Plus de cloisons!

L'Homme, enfin redevenu l'Homme, retrouvera la vérité: la pitié pour tout ce qui vit sera son nouveau soleil.

Mes frères, Croyez en cet avenir!

Élevez très haut vers le Ciel vos mains pures du sang d'autrui.

*(Traduit par Simone Kuhnen de La Coeuillerie GAND; Belgique)*

**Notes de la traductrice :**

 1. Expression bouddhique signifiant la destinée humaine.

 2. Proverbe vietnamien.

 3. Mot-à-mot: diable-bourreau, expression bouddhique.

#### NOTICE BIOGRAPHIQUE ET ŒUVRES : VŨ HOÀNG CHƯƠNG

**VŨ HOÀNG CHƯƠNG**, originaire de Hưng Yên, né à Nam-Định (Nord-Vietnam) en 1916.

**ŒUVRES :**

 * Une douzaine de recueils de poèmes publiés à Hanoi et à Saigon dans l'intervalle 1940-1963, dont *THƠ SAY* (Poésie grise), *LỬA TỪ BI* (Feu de Compassion) etc.

 * Trois recueils de poèmes traduits en anglais (par NGUYỄN KHANG), en français (par SIMONE KUHNEN DE LA COEUILLERIE) et publiés successivement en 1960, 1961, 1963, intitulés : *COMMUNION*, *LES 28 ÉTOILES*, *POÈMES CHOISIS*.

 * Une dizaine de poèmes publiés en anthologie (versions françaises) :

   * *UN DEMI-SIÈCLE DE POÉSIE*, par Pierre-Louis Flouquet, Éditions La Maison du Poète, Bruxelles 1963 (Tome 6).

   * *SÉQUENCES*, par Jean Grassin, Paris 1965 (Tome 4).

### MINH ĐỨC HOÀI TRINH

#### LETTRE À DIEU

Es tu épuisé?

Le coeur sec, n'es tu donc plus capable d'amour,

Ou bien te moques tu du Monde?

Aveugle, ne vois tu donc plus les misères, les souffrances?

Oh Dieu! si mon pays a commis des fautes,

Ces vingt années passées n'ont elles pas suffi à l'en punir,

La guerre, la guerre avec toutes ses atrocités,

Toutes ces vies brisées ou chancelantes...

Es tu sourd, tes vieilles oreilles sont elles bouchées?

N'entends tu pas ces cris,

Ces plaintes, ces pleurs, ces gémissements qui précèdent la mort?

A la campagne et en ville, partout, on se vêt de blanc.

Oh Dieu! mon pays est il donc si loin

Que nos prières n'atteignent plus ton royaume de nuages?

Vois cette foule de corbeaux

Qui chaque soir se repaissent au banquet de nos cadavres.

Et quels crimes ont ils commis?

Ces rivières tranquilles, ces champs paisibles où pousse le riz vert,

Ces paysans qui ont si peu à manger

Et qui vivent avec leur troupeau d'enfants dans leurs paillotes délabrées.

Est ce en raison des crimes de nos ancêtres au sang bouillant

Qui détruisirent les Chiêm (1) que, sur nous, s'abat ton courroux?

Pourquoi fais tu rejaillir sur nos têtes les fautes de nos pères?

Dieu Miséricordieux!

Oublie le passé, fais que s'efface l'Histoire!

Et nous, pauvres hommes, qui, par chance,

Restons en vie par la grâce d'un destin capricieux,

Nous ouvrons des yeux stupides et regardons notre pays.

Que faire? Que pouvons nous faire?

Devons nous donc attendre, laisser écouler le temps de l'épreuve, du châtiment?

*(1) Tribus du Champa dans le Sud du Vietnam.*

#### NOTICE BIOGRAPHIQUE ET ŒUVRES : MINH ĐỨC HOÀI TRINH

**VÕ-THỊ HOÀI-TRINH**, alias **Minh-Đức-Hoài-Trinh**, née à Huế en 1930.

**ŒUVRES :**

 * Poèmes et drames en vers de 1959 à 1965 — dont *Lang Thang* (poésie), *Mơ* (poésie), et *Thư Sinh*, *Trương Chi* (pièces de théâtre en vers).

 * Trois romans (*Bơ Vơ*, *Thiên Nga*, et *Hắn*) publiés dans les années 1964 et 1965.