Un extrait de " La colline des abricotiers", de Nguyên Tiên Lang, Recueil de 17 Contes .
Editions Présence d'Asie - Paris 1979.
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Cela se passe au Tonkin (Nord du Vietnam) dans les années 1935 -1940:
Le triomphe des flamboyants qui rougeoyaient dans le ciel d'été évoque
aujourd'hui en ma mémoire un autre rouge plus sombre, le rouge des fleurs du faux cotonnier (*hoa gao.), parure du ciel tonkinois aux jours de printemps. Vous connaissez ces lourdes corolles juteuses. Leur magnificence s'en est allée; leurs gousses éclatées laissent maintenant voler dans les souffles du soir, les flocons légers du duvet. Du haut des branches, les aériennes et indécises blancheurs descendent sur l'herbe des pelouses, comme étaient tombés au printemps dernier, les rouges pétales. Et de penser à la chute des fleurs du faux cotonnier m'a remis en mémoire cette histoire du pays, une histoire ancienne ...
... Hiver. Soir. Un soufle glacial passe sur la campagne, ride l'eau grise des mares, fait craquer les bambous. Le sentier couvert de gazon serpente entre les rizières bosselées de tombeaux. La cloche crépusculaire des pagodes, le "thu không" a déjà résonné derrière les haies des hameaux. C'est l'heure où bientôt les crécelles (*mo~)
des veilleurs répondront dans la plaine aux hurlements rageurs des chiens et aux cris interminables des crapauds-buffles.
La bonzesse revient de la quête. Appuyée sur son bâton de bambou dont l'extrémité noueuse ressemble à une tête de dragon et de chimère, elle se hâte de toute la force de ses vieilles jambes. En priant le Bouddha de
la protéger, elle souhaite arriver à la pagode avant la tombée de la nuit. D'une main s'appuyant sur sa haute canne, en bandoulière portant un baluchon en étoffe, teinte en "cu nâu" (*) qui contient quelques bolées de riz, quelques ligatures de sapèques(*), - produit de la quête - , son autre main égrenant un chapelet de grains de jais (*hat huyên), la bonzesse trottine sur le sentier. Le vent soulève les pans de sa robe comme une paire d'ailes.
(*) faux- cotonnier: (hoa gao.), Gossampinus malabarica (D.T.L.)
(*) crécelle: (cai' mo~), instrument de bois très utilisé par les bonzes pour la prière
(*) cu nâu: plante de la famille des ignames (khoai mài) - Dioscoracea , sert à teindre en marron les vêtements des paysans
(*) jais: (hat huyên`) pierre noire, variété de lignite
(*)sapèques:(dông`) pièces de monnaie de faible valeur, ayant un orifice au milieu, l'orifice permettant d' attacher les pièces ensemble à la ceinture)
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(suite)
Tout d'un coup, au revers du chemin, elle voit une forme brune pelotonnée. Elle perçoit un vagissement d'enfant. Elle s'arrête. C'est une mendiante qui dans ses bras tremblants de froid, lui tend un enfant au petit visage d'une pâleur de mort, pauvre chose souffrante qui n'a plus la force de crier.
La bonzesse s'arrête, partage avec la mendiante son riz , son maïs, les sapèques de sa ligature . Puis elle se prépare à repartir. Mais la mendiante la retint:
"Aïeule, prenez mon enfant, Mon enfant sera plus heureuse avec vous qu'avec moi ."
(suite)...
Editions Présence d'Asie - Paris 1979.
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Cela se passe au Tonkin (Nord du Vietnam) dans les années 1935 -1940:
Le triomphe des flamboyants qui rougeoyaient dans le ciel d'été évoque
aujourd'hui en ma mémoire un autre rouge plus sombre, le rouge des fleurs du faux cotonnier (*hoa gao.), parure du ciel tonkinois aux jours de printemps. Vous connaissez ces lourdes corolles juteuses. Leur magnificence s'en est allée; leurs gousses éclatées laissent maintenant voler dans les souffles du soir, les flocons légers du duvet. Du haut des branches, les aériennes et indécises blancheurs descendent sur l'herbe des pelouses, comme étaient tombés au printemps dernier, les rouges pétales. Et de penser à la chute des fleurs du faux cotonnier m'a remis en mémoire cette histoire du pays, une histoire ancienne ...
... Hiver. Soir. Un soufle glacial passe sur la campagne, ride l'eau grise des mares, fait craquer les bambous. Le sentier couvert de gazon serpente entre les rizières bosselées de tombeaux. La cloche crépusculaire des pagodes, le "thu không" a déjà résonné derrière les haies des hameaux. C'est l'heure où bientôt les crécelles (*mo~)
des veilleurs répondront dans la plaine aux hurlements rageurs des chiens et aux cris interminables des crapauds-buffles.
La bonzesse revient de la quête. Appuyée sur son bâton de bambou dont l'extrémité noueuse ressemble à une tête de dragon et de chimère, elle se hâte de toute la force de ses vieilles jambes. En priant le Bouddha de
la protéger, elle souhaite arriver à la pagode avant la tombée de la nuit. D'une main s'appuyant sur sa haute canne, en bandoulière portant un baluchon en étoffe, teinte en "cu nâu" (*) qui contient quelques bolées de riz, quelques ligatures de sapèques(*), - produit de la quête - , son autre main égrenant un chapelet de grains de jais (*hat huyên), la bonzesse trottine sur le sentier. Le vent soulève les pans de sa robe comme une paire d'ailes.
(*) faux- cotonnier: (hoa gao.), Gossampinus malabarica (D.T.L.)
(*) crécelle: (cai' mo~), instrument de bois très utilisé par les bonzes pour la prière
(*) cu nâu: plante de la famille des ignames (khoai mài) - Dioscoracea , sert à teindre en marron les vêtements des paysans
(*) jais: (hat huyên`) pierre noire, variété de lignite
(*)sapèques:(dông`) pièces de monnaie de faible valeur, ayant un orifice au milieu, l'orifice permettant d' attacher les pièces ensemble à la ceinture)
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(suite)
Tout d'un coup, au revers du chemin, elle voit une forme brune pelotonnée. Elle perçoit un vagissement d'enfant. Elle s'arrête. C'est une mendiante qui dans ses bras tremblants de froid, lui tend un enfant au petit visage d'une pâleur de mort, pauvre chose souffrante qui n'a plus la force de crier.
La bonzesse s'arrête, partage avec la mendiante son riz , son maïs, les sapèques de sa ligature . Puis elle se prépare à repartir. Mais la mendiante la retint:
"Aïeule, prenez mon enfant, Mon enfant sera plus heureuse avec vous qu'avec moi ."
(suite)...